English version

DÉMARCHE

LIGNE EN EXIL

Je poursuis un travail autour de la ligne, entre apparition et fuite.
Le support papier comme le point de rencontre entre le dessin et l’empreinte, le geste pour explorer la peau de l’image, le grain du support. Le dessin comme les marques d’un passage ; des ombres et des lignes tracées dans le ciel de la page. Le dessin comme la projection graphique d’un désir. Une quête d’ordre archéologique, l’excavation d’un motif, qui remonte aux origines et dont on perd la généalogie.
Le dessin comme la mise en forme d’une pensée mobile qui se développe et qui connaît toutes sortes d’états, toutes sortes de « devenirs ». Un système à entrées et sorties multiples où parfois les visages se devinent ou se dévoilent, jouent avec les fusions en associant empreintes, technique picturale et dessin.
Je combine le dessin avec l’image imprimée, jouant des rencontres entre le geste et la tache, la densité de la ligne et celle de la trace. Cette rencontre entre le dessin — reliquat de figuration — et le substrat de l’image imprimée crée une matière trouble, comme une peau fugitive... conservant par endroit des zones de netteté puis de flou, des textures mouvantes, à la limite du lisible.
Au départ, il y a des images photographiques. Puis celles-ci sont décontextualisées pour se manifester plastiquement comme des figures errantes, des apparitions furtives dans le blanc de la feuille, des portraits archipels.
Les corps se superposent, s’amalgament.

Suite cinétique d’images de corps, qui nourrissent un dialogue... que le spectateur à charge d’imaginer.
Je cherche à provoquer une juxtaposition de temporalités avec les moyens du dessin. Les visages forment un récit non linéaire, fragmenté, manquant, déroutant. Un monde de relations, de rêves, de doutes qui confronte le spectateur à des images plurielles.

ELLIPSE & DISCONTINUITÉS

J’envisage le dessin comme une sculpture dans l’espace blanc, la feuille comme un champ de projection, une trajectoire faite de directions mouvantes, un territoire flottant de possibles.
L’espace blanc, espace de réserve est alors un espace de sustentation : effet d’une force qui maintient le corps à distance sans contact avec les bords de l’image. Je perçois le vide comme un espace de déstructuration de l’image. La part du blanc dans l’image agit comme un élément actif : elle fait fonction de déséquilibre formel, mais aussi sémantique puisque l’histoire potentielle échappe à toute linéarité.

Cet espace blanc devient alors une surface de projection possible pour celui qui regarde… Un hors champ.
Le dessin ouvre alors vers un récit discontinu et elliptique, obtenu au moyen de l’épure.

Dessin, gravure, empreintes m’invitent à poursuivre ce travail combinatoire autour de l’effacement, du vide et du corps en arborescence. Le travail présenté ici est une étape de recherche vers de nouveaux territoires graphiques... du dessin et de la feuille comme peau, comme zone sensible.




Version française

ARTIST’S STATEMENT

LINE IN EXILE

I circumnavigate the world of line, between appearance and flight.
Paper as the point of encounter between illustration and engraving, a gesture with which I explore the picture’s skin, follow the grain of the medium. Drawing as marking a passage, of shadow and line traced across the sky of a blank page. Drawing as the graphic projection of desire. A search for archeological order, the excavation of pattern and motive, receding toward a point of origin whose genealogy is lost.
I seek a line in exile.
Drawing as the incarnation of a fluid, moving thought that evolves through myriad states, multiple “becomings.” A system with many paths of entry and escape, where faces emerge, flickering and mingling, playing with print work, pictorial technique, and line drawing.
I combine print and hand drawing, flirting in the space where gesture spills into stain, the density that distinguishes deliberate line from faint trace. This encounter between drawing – that artifact of allegory and representation – and the substrate of the printed image clouds the surface, like an ephemeral skin… preserving areas of clarity that blur away into obscurity, textures floating at the limits of the legible.
To begin, photographic images are decontextualized, taking form as errant figures, furtive apparitions in the blank of the page, archipelagos of portraits.

The bodies superimpose, blend together.
A kinetic series of figures nourishes a dialogue – that is left to the viewer’s imagination.
I seek to juxtapose points in time through drawing. Faces form a non-linear storyline – fragmented, missing, mystifying. A world of interactions, dreams, and doubts that confronts the viewer with a galaxy of images.

ELLIPSES & DISCONTINUITIES

I envision drawing as sculpture in a blank space, the page as a field of projection, a trajectory composed of shifting directions, floating territories of possibility.
This blank space, this redoubt, is an area of magnetic levitation, a force field that holds the body at a distance, without touching the edges of the image. I see this emptiness as a space in which the image can be deconstructed. The empty space in the image is an active element: it serves a function of formal as well as semantic disequilibrium, since any potential story escapes all linearity. In this way blank space is transformed into a screen upon which the viewer can project potentiality… the off-screen. The drawing opens into a discontinuous, elliptical narrative rendering.

Drawing, engraving, and printmaking have invited me to pursue this combinatory work around effacement, emptiness, and bodies in arborescence. The work presented here is a step in a search for new visual territories… of drawing and of paper as skin – sensitive territory.